Design vintage, restauration, authenticité
Il y a une tension que tout chineur honnête connaît. Elle surgit au moment précis où l’on tient entre les mains une pièce rare, abîmée, chargée d’histoire — et où l’on se demande : jusqu’où peut-on aller sans trahir ce qu’elle est ?

Rénover sans trahir. Rénover sans mentir. Rénover sans tromper.
Facile à dire. Beaucoup plus compliqué à faire.
La question se pose à chaque nouvelle acquisition
La pièce est unique. Quasiment introuvable. Signée, attribuée, mais dans un état qui nécessite une intervention. Alors commence le débat intérieur, celui que j’ai appris à ne plus fuir.
Peut-être ai-je fait l’erreur d’acquérir des pièces trop dégradées. Peut-être ai-je sous-estimé le travail que cela représentait. Peut-être que j’aime trop ces objets pour ne pas les acquérir, même quand la raison dit le contraire.
Je ne peux pas résister à l’envie de leur redonner vie — et de permettre qu’elles servent à nouveau à des passionnés comme moi, qui voient la beauté de ces pièces et l’histoire qui les a amenées là.émoire.
La question du budget, celle qu’on n’ose pas toujours poser
Ce n’est pas une question de rentabilité — sinon j’aurais abandonné depuis longtemps. Ce n’est pas non plus une question de calcul budgétaire pur. Mais la réalité s’impose : sans trésorerie illimitée, on ne peut pas toujours faire appel aux meilleurs artisans d’art.
J’ai en ce moment une table 117 de Janine Abraham qui attend patiemment que je trouve 1 000 euros pour confier sa restauration à un menuisier. Une rénovation un peu trop lourde pour mes mains, et une pièce pour laquelle je veux pouvoir dire qu’elle a été refaite dans les règles de l’art.
Alors on fait. On fait du mieux qu’on peut. On s’accroche à une ligne de conduite : ne pas trahir, ne pas dégrader. Et on hésite, beaucoup.
Le cas de la chaise des frères Perreau (1954)
En ce moment, je travaille sur une pièce qui illustre parfaitement ce dilemme : une chaise que j’attribue aux frères Perreau, datant de 1954, grâce à quelques documents d’époque. Je n’en ai jamais vu d’autre. Elle est précieuse précisément pour ça.

Elle a des défauts que je considère comme rédhibitoires. Je voulais qu’on se dise qu’elle reprend une nouvelle vie — sans se demander si elle peut encore être utilisée ou montrée.
Alors la question s’est posée : changer le revêtement vinyl ? Mais du coup, est-ce que je trahis son histoire ? Ses créateurs ? Son futur acheteur ? Je n’ai pas pu retrouver exactement la même couleur. Et surtout : y a-t-il encore un intérêt pour cette pièce si elle paraît trop neuve ?




La décision : conserver l’âme, réparer l’essentiel
J’ai finalement tranché.
Retoucher ce qui peut l’être.
Renforcer les parties qui posent problème.
Recoller par ci, poncer par là. Nettoyer au maximum ce qui peut l’être.
Je finiari peut-être par changer le vinyl si je n’arrive pas à mes fins mais j’essaie.
Parce que c’est comme ça que je l’ai aimée en la trouvant. Parce qu’elle a une âme. Parce que les traces du temps font partie d’elle — elles ne la diminuent pas, elles la racontent.
Je vais lui redonner de quoi passer le temps sans encombres, et faire en sorte que son prochain propriétaire puisse l’utiliser pour ce qu’elle est : une chaise introuvable qui a traversé le temps, avec son vécu et les traces de ce vécu.
En tout cas, c’est ce que j’aime. Et j’espère que ce sera aussi le cas de celui ou celle qui l’accueillera.




